Versailles :: La Renaissance

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Danses dans le Bosquet de la Girandole

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Athénaïs de Montespan
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MessageSujet: Danses dans le Bosquet de la Girandole   Dim 21 Oct - 9:51

La soirée n'allait que commencer mais une personne comme celle de la marquise se devait d'être là avant chacun. Entourée de quelques demoiselles de son choix elle sortit du palais et frissonna sous l'air frais qui s'abbattait soudainement sur sa personne. Le soleil n'étant bientôt plus elle ferma son ombrelle et claqua du doigt. Derrière les dames de compagnie une jeune femme, bien qu'elle ne soit pas de la plus belle fraicheur, s'approcha de la marquise et fit une légère révérence. C'était Fanchon, servante de la Montespan, un chien en somme à l'affût de toutes les humeurs de sa maîtresse. La marquise lui tendit l'ombrelle avant de la surplomber de son haut regard étrangement vert. La servante ne put que baisser ses orbes sombres.

-Ramènez l'ombrelle dans mes appartements et amènez-moi mon long manteau de soie bleue nuit. Dépêchez, il se fait tard et froid !

La petite Fanchon partit le plus vite possible mais elle se prit malencontreusement les pieds dans sa robe en montant les escaliers. Elle tomba mais ne se fit aucunement mal. Elle récolta néamoins les rires des demoiselles de compagnie et un sourire ingrat de la marquise. Le clan de la Montespan était de sortie, les gens de la cour n'avaient qu'à bien se tenir. Une charmante figure blonde passa non loin et posa ses grands yeux bleus sur Athénaïs. Cette femme à la tête d'ange n'était autre que la demoiselle de Fontanges et si la marquise avait pu la défigurer à cet instant elle l'aurait fait avec un plaisir immense. Une dame de la compagnie de la Montespan se pencha vers sa maîtresse et derrière son éventail lui murmura:

-La jeune de Fontanges va bientôt partir, on murmure son état de santé plus que précaire et sa disgrâce virulente !

Le regard d'Athénaïs s'éclaircit considérablement. Fanchon redescendit à ce moment-là rouge et essoufflée. Elle portait dans ses bras un magnifique manteau bleu nuit changeant selon la luminosité. A ce moment précis il revêtait le noir le plus sombre, la nuit était bientôt intégralement tombée. La Montespan s'empara sèchement de son habit, se le fit mettre par une dame de sa compagnie et s'engagea rapidement vers les jardins. Déjà l'on pouvait entendre les cordes de l'orchestre vibrer, les chausses de danse des hommes approcher, voir les jeunes filles écervelée se mettre sur la pointe des pieds dans l'espoir de voir en premier approcher le Roy afin de lui décrocher un sourire, une faveur, une nuit ?
La Montespan haïssait au possible ces pucelles de couvent, bien plus si c'était possible que les chiens galeux de la Fronde. Elle préférait qu'on tue le souverain à ce qu'on l'extripe de ses bras. Elle n'avait pas encore épuisé tout son esprit pour mettre à bas ses dangereuses concurrentes et même si La Vallière n'était maintenant qu'une pauvre rate d'église et la demoiselle de Fontange juste bonne à exposer derrière une vitre tant son esprit laissait à désirer elle souffrirait de les voir une fois de plus au bras du Roy. La Fontanges avait eu son moment de gloire immense mais très bref. Elle avait perdu l'année d'avant son enfant et la vue de la pauvre petite suffit à rendre à la Montespan son sourire éclatant.

-Regardez, cette dame est belle comme un Ange mais écoutez ! Elle est sotte comme un Panier.

Elle avait parlé fort l'Impitoyable Dame et bientôt sa compagnie s'esclaffa. La pauvre demoiselle de Fontanges rougit avant d'avancer rapidemment vers les fourrés. Là-bas dans l'ombre personne ne la verrait et la marquise se dit que c'était bien là la meilleure solution pour elle.
Toujours souriante La Montespan arriva dans le Bosquet de la Girandole. Comme toutes les fêtes à Versailles cette soirée promettait d'être unique et spectaculaire. Déjà des quantités impressionnantes de bougies éclairait les lieux comme en plein jour et la mélancolie de la nuit automnale était mis en musique par les tristes violons faisant pleurer leurs corde au rythme de l'archet. Athénaïs à qui le manteau avait éclaircit regardait en rêvant cette magnifique scène et elle s'approcha des immenses tables pour prendre la place qui lui était d'office attribuée. Bien sûr, si les tables étaient disposées en rond elle n'aurait pas l'audace de se voir installée à ses côtés -bien que ceci au fond ne ferait que la contenter davantage- mais en face. Ainsi elle pouvait l'admirer en ayant pour excuse qu'elle ne faisait que regarder en face mais ce qui était le plus avantageux c'était d'espionner ses faits et gestes. La marquise tenait à savoir avec exactitude à qui et quand il écrivait un billet même si elle n'avait pas toujours l'exactitude des mots qui y étaient inscris. Elle était bien pire qu'une femme jalouse accusant son mari d'adultère.

-Vous voilà dans tous vos charmes ce soir !

Un homme s'était agenouillé devant la marquise. Jean de la Fontaine baisa la main de sa mécène. La marquise se laissa faire et lui sourit lorsqu'il se remit à sa hauteur.

-Vos fables reçues de votre main l'an dernier m'ont amusée au plus haut point ! J'ai ouïe-dire que vous aviez fait de même auparavant pour le Grand Dauphin. Si il a bien compris toute la maîtrise que vous cachez derrière ces animaux aux semblants bien innocents c'est alors qu'il a un humour que jamais je n'aurais deviné !

Le fabuliste fit une autre révérence, légère et satisfaite.

-Merci, Madame ! Je pense en effet que le Grand Dauphin ait compris le message, j'espère que quand le trône lui sera remit il ne fera pas les mêmes erreurs que son père.

Ainsi fut dit, les deux personnages se firent une légère révérence avant de s'en retourner à leurs occupations. La marquise s'apprêtait à s'asseoir quand quelqu'un l'interpella...
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Gabrielle de la Vallière
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MessageSujet: Re: Danses dans le Bosquet de la Girandole   Mar 23 Oct - 20:39

Je me voyais allant d'un pas sûr à cette drôle de soirée. Cette charmante assemblée de vipères allait de nouveau se réunir pour jouer, parier, et observer avec allèchement le regard de Sa Majesté sur son cher "tabouret". J'ai envie de rire en pensant à ce sobriquet ridicule dont les favorites sont affublées. Je ne suis pas de celles là, c'est parfait. Reprenons. Je marchais donc dans les herbes entretenues à merveille des jardins de Monsieur le Nôtre. Un véritable artiste ayant réussit à construire cette forteresse de végétation, si agréable pour tous les sens. Cette soirée de septembre me donnait quelques frissons, frémissements courant sur ma peau fraîche. Il faisait frais et la brise légère qui soufflait avec douceur n'avait de cesse d'envelopper mon corps de ses caresses froides. Je refermais donc un peu plus ma cape de velours pourpre sur mon corsage de courtisane. Je souris à la vue des roses montantes refermées, englobant jalousement de leurs derniers pétales entrouverts les rayons du soleil couchant. J'étais seule, mais je sentais derrière moi une ou deux personnes cheminant, qui conversaient gaiement. Chacun de mes pas augmentaient la distance nous séparant. J'aime, le soir, disposer de quelques secondes pensives où je suis seule.

Je poursuivais ma route pour arriver près d'une petite fontaine, là ou tous les gens s'étaient rassemblés. Un orchestre était installé sur une estrade que l'on pouvait déplacer à loisirs. Voilà qui me plaisait, de la musique, pour la décontraction. Je n'avais pas été nommée ce soir pour chanter ni pour jouer, et j'appréciais ce repos en regardant les autres jouer pour nous. J'étais courtisane ce soir, et non pas la cantatrice. Je vins à pas lents près de la table de jeux pour regarder les parties en cours et saluer ces messieurs déjà installés, puis m'éloignais vers un bosquet près des musiciens pour pouvoir être un peu spectatrice de ces nobles. Ma petite servante accourut, car la nuit tombait et le froid se faisait moins mordant avec la fin des tournoiements du vent. Elle m'apportait mon ombrelle que je n'avais pas voulu prendre au cas où, et souhaitait probablement s'enquérir de mon état et récupérer mon manteau. Sans doutes ne sera t-elle pas bien loin durant cette soirée, prête à guetter mes moindres désirs. Je lui souris et lui donnais mon habit, révélant ainsi ma tenue orangée. Non pas très lumineuse, mais assez pour être repérée dans la nuit qui tombait peu à peu. Je dis alors à ma petite servante:

-Laurette, veux-tu rester pas loin d'ici? Je pense te redemander ceci quand il fera vraiment froid.

Elle fila sans un mot, aquiesçant seulement d'un hochement de tête. Elle était timide la pauvre. C'est alors qu'est apparut Monsieur Lully. Il vint vers moi, il était apparement énervé. Sûrement qu'il n'était encore pas satisfait de la prestation de ses musiciens et du ténor qui s'agitait sur scène. Je ris silencieusement, Jean Baptiste n'est vraiment jamais content. Il s'approcha, me souriant pompeusement comme à son habitude. Il savait bien que je n'étais pas sur scène ce soir et espérait peut être m'amadouer.

-Mademoiselle, vous êtes de toute beauté ce soir. Une prestation à venir peut être?

-Non pas, maître Lully, je viens ce soir en spectatrice !

-Voilà qui est dommage. Votre voix manquera à cet ensemble.

-Ils s'en sortent bien, maître.

Il me sourit, crispé. Il était probablement un peu vêxé de mon refus, mais je voulais profiter de cette soirée paisible qui m'était accordée. Je retournais près de la table, en remettant quelques mèches rebelles à leur place. J'étais ce soir vêtue d'une toilette de tons orangés. La robe était moulante, échancrée à souhait pour les yeux. Le col était rond, et s'élargissaient jusqu'a mes épaules dont le haut était visible. Les manches enserraient mes bras avec douceur, pui tombant comme des langes au niveau de mes poignets. La tenue était ornée de broderies oranges et de perles de la même teinte. Mes cheveux bouclés relevés sur la nuque était agrémentés d'une résille fine décorée elle aussi de perles orangées qui ressortaient sur mes boucles brunes. Je portais en plus de cela des boucles d'oreilles assez simples, des perles toujours de même teinte au bout d'un petit lien diamanté. Et ma gorge était enjolivée d'un coller de chien blanc sur lequel demeurait également des ajouts colorés. Mes chausses étaient cachées sous ma robe et me grandissaient un peu. Une fois près de la table, j'affichais mon sourire jovial pour m'asseoir non loin du Duc de Romancienne. Il n'était pas souvent à la cour et je voulais donc faire connaissance.

C'est à cet instant que j'entendis un fou rire général, et que j'entrevis la demoiselle de Fontanges, larmoyante, qui galopait se cacher dans un coin, pestant à voix basse contre la cruauté de la marquise. Je haussais un sourcil, elle était donc arrivée. Mon voisin d'en face rit alors avant de me dire:

-La Marquise ne fait pas de cadeaux visiblement.. Chère amie, avez vous l'honneur de la connaître mieux que moi?

-La connaître est un grand mot. Je m'en vais de ce pas la saluer, à plus tard, Duc !

Je n'appréciais pas trop son envie de savoir si je pouvais la lui faire rencontrer? Je n'étais pas un point de passage et si je ne lui convenais pas, tant pis. Je me dirigeais donc vers la Montespan, dont le venin venait de couler à nouveau. A l'instant ou j'arrivais, Monsieur de la Fontaine lui faisait l'honneur d'un baisemain et la saluait. J'apprécie le fabuliste et lui sourit alors qu'il s'éloignait, mais il vint me voir, dérobant à son trajet initial.

-Mademoiselle ! Quelle ravissante figure que vous nous présentez ce soir. Aurions nous l'honneur d'entendre vos vocalises?

-Pas ce soir, ami, je suis là en tant que membre de la noblesse.

-Soit ! Mademoiselle, ce sera avec plaisir que je vous écouterais une autre fois alors. Pardonnez, mais je me dois d'aller discuter avec quelqu'un.

-Faites mon ami, je ne suis pas femme à vous retenir ici ce soir.

Il partit et je lui adressais un signe cordial de la main. La marquise était assise en face de Sa Majesté. Ce dernier me lança un regard ravi, et je m'attendais à ce qu'il me demande lui aussi un morceau, mais non. Il repartit dans son jeu de cartes, où apparement, il gagnait contre Monsieur son frère. Je m'approchais de la Marquise, avant de lui dire avec un sourire:

-Madame, me voilà ravie de vous voir. Quel jeu allez vous tenter ce soir?

J'étais contente de lui parler, et adressais au passage un signe de tête à titre de salut au Duc de Nantes. Le fils de la favorite était dans ses charmes ce soir. J'étais satisfaite. Ce soir, je suis libre.
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Athénaïs de Montespan
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MessageSujet: Re: Danses dans le Bosquet de la Girandole   Lun 29 Oct - 12:01

-Tenter de survivre, comme chaque soir chère Demoiselle ! C'est là mon jeu favoris et en somme le plus important de notre existence à nous tous, nobles de Versailles ! Toutefois un jeu de carte vous tenterait-il ?

La Marquise adressa un grand sourire et une révérence de la tête polie à son interlocutrice. Elle était certes la fille de l'ancienne favorite mais il fallait dire que la disgrâce encore vive de cette dernière donnait une vive sympathie de ce qu'était Gabrielle aux yeux d'Athénaïs... Même si elle savait pertinament que la jeune femme dans l'ingénu de son être entier ne supportait en rien la vue de sa personne. Tant pis ! Tout un chacun savait que lorsqu'on faisait partie de l'univers de la Montespan on ne pouvait manquer de s'amuser chaque seconde... Même si pour celà il faudrait une éternité entière s'en repentir dans les flammes de l'Enfer.
La toilette de Gabrielle était charmante et lui allait à ravir, il fallait bien l'avouer. Elle avait cette grâce étrange q'avait auparavant sa mère avant qu'un accident regrettable la fasse boiter à vie. Cet incident causé à ce qu'en disaient les dires par de l'eau oubliée au sol lui avait sans doute bien valu le siège de duchesse. Tomber du lit du Roi à la chaise de la disgrâce était une chute vertigineuse dont la Montespan n'était pas sûre de s'en remettre si celà devait lui arriver.

-J'ai ouï dire que nous n'entendrons pas vos vocalises ce soir. Ciel, vous avez bien raison de prendre un peu de repos. D'habitude vous ne prenez pas même la peine de manger une assiette des succulents mets de cette table, il ne m'étonne en rien que vous ayez de la plume le poids !

La remarque n'était pas désagréable. Sous son masque de femme détestable la Marquise pouvait se montrer d'une habilité aimante incroyable. Elle qui n'avait pas su s'occuper de sa propre progéniture sous prétexte qu'un enfant n'avait aucun interêt s'interessait par contre de très près aux jeunes gens. Certains avaient un esprit moderne des choses bien que la monarchie instaurée par Louis leur empêche de penser le contraire que ce qu'exigeait la norme en ces temps-là. Athénaïs était bien consciente de faire partie de ces gens-là et elle déplorait le manque de gens d'esprits présents dans l'infâme cour. Si beaucoup l'évitaient pour sa langue de vipère chacun savait qu'elle ne critiquait que les gens aux bas esprits... Seigneur, étaient-ils nombreux...
La Fontanges ne se montrerait plus de si tôt mais déjà au loin s'approchait une figure singulière se tenant faiblement sur une canne dont la riche composition faisait tourner d'envie les pauvres vieillards. Madame de la Vallière Mère approchait de son pas douloureux salué au passage par les anciens des lieux. Il fallait dire que malgrè son handicap elle gardait cette noblesse, seul birbe de sa majesté perdue. Un valet passa parmi les dames. Une lettre... La Montespan.

"Madame,
J'entre dans ma quinzième année et mon plus grand voeu serait d'entrer dans la cour. J'ai ce matin rencontré Mademoiselle des Oeillets qui m'a vivement conseillé de venir à vous. Elle a vanté votre esprit et votre intelligence avec tant de ferveur que je suis sûre, Madame, que je ne ferais de meilleure entrée à Versailles qu'en votre compagnie.
En espérant avoir une réponse à ma requête.
Cécile de Cornouailles."


La marquise congédia d'un geste de main le valet et mis la lettre dans sa bourse de velours. D'un oeil elle balaya la salle et ne manqua pas de croiser une jeune fille aux boucles brunes. Cette dernière baissa la tête et rougit violemment. Il n'y avait pas de doute, ce pouvait être que la demoiselle en question. Elle ne payait pour le moment pas de mine mais si elle avait un minimum d'esprit, pourquoi pas... Il faudrait qu'elle en lâche un mot à Mademoiselle des Oeillets.
L'attention de la marquise revint vers mademoiselle de la Vallière. Elle se retint de faire une remarque désagréable de sa mère devant elle. Une seule boiteuse taciturne suffisait bien à l'ornement de Versailles. Une seconde rendrait les lieux encore plus critiquables.

-Chère Gabrielle, il me semble que vous voilà bien en âge de trouver époux... Il serait dommage qu'une femme telle que vous finisse dans un couvent, seule, lasse et toute de noir vêtue !

La Montespan avait lâché ces paroles légèrement tout en prenant à la volée un verre à un valet qui s'était arrêté à leur hauteur. Le vin sentait diantrement bon. La cuvée était en train et cette année le raisin avait été fruité.

-Je vous le conseille, cet année les viticulteurs se sont surpassés !
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Dernière édition par le Mer 7 Nov - 23:06, édité 1 fois
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Gabrielle de la Vallière
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MessageSujet: Re: Danses dans le Bosquet de la Girandole   Mer 7 Nov - 0:26

Je sentais sur moi le regard appuyé de la Marquise, et je devinais en un recoin de mon esprit qu'elle songeait à ma mère en regardant ma silhouette. Je ne pâlissais point à la pensée de ma naisseuse boîteuse, n'ayant pour seul avantage que celui d'avoir les terres. Il y avait déjà un certain temps que je ne parlais plus à ma mère, elle qui m'avait si aisément laissée aux bons soins de ses domestiques, sans se soucier de sa fille chérie, grandissant dans la crasse au milieu des poulets et des cochons de ferme. J'ignorais donc cette pensée intempestive, qui s'était ainsi permise de remettre à jour ma mémoire familiale. Je souris à la réponse d'Athénaïs de Montespan, et esquissais un sourire artistique sur mes lèvres pleines et rosées. Son humour cinglant pour certains et certaines est, je dois l'admettre, assez plaisant, tant sa langue acide sait aussi piquer la réalité. Je remarquais du coin de l'oeil que la jolie Laurette avait caché ses boucles blondes dans une partie de mon manteau. Sans doutes avait elle froid et je ne l'en blâmais point. Pas facile, lorsque l'on a 12 ans comme elle de survivre ici. J'entrevis un jeune homme qui la reluquait discrètement et je souris. Ma petite protégée serait sûrement servie plus tard si elle avait nécéssité à se marier.
Je me retournais de nouveau vers la Favorite, dont les mains jouaient avec des cartes et toutes sortes de choses. Elle me parla à nouveau et je lui souris avant de répondre:

-Avec plaisir Madame la Marquise. Quelle sorte de partie vous attire donc?

Elle semblait absorbée par le tri des cartes et je la laissais faire, m'asseyant non loin d'elle, de façon à pouvoir jouer avec aisance, sans pour autant me mêler à toute la tablée. Je souhaitais éviter autant que possible les regards de Sa Majesté le Roi. Je ne voulais pas qu'il demande un chant que je ne voulais pas offrir ce soir. Ceci dit, s'il venait à l'esprit du Grand Louis de vouloir entendre ma voix, il est bien entendu évident que je chanterais, sans grand entousiasme à vrai dire. Je poursuivais, répondant encore à la marquise, qui affectionnait cette fois ci de se soucier, si je puis le dire ainsi, de mon poids. J'avais un peu envie de rire, elle semblait à la fois moqueuse et désemparée par son constat et je ne savais trop comment prendre la remarque qui me paraissait pourtant bien adressée. Je répartis donc:

-Chère Dame, il me faut bien entretenir ces cordes vocales ! Et vous savez fort bien vous aussi que ce n'est point Monsieur Lully qui m'accorderait un peu de tranquilité. Quoi qu'il en soit, je compte bien profiter de cette soirée. Une bataille Madame?

Je commencais à battre les cartes avec un oeil espiègle. J'étais ravie de participer à cette vie paisible de plaisirs et de soirées dont la noblesse versaillaise profitait à souhait, moi qui me devais de chanter pour vivre à l'aise, bien que certains mécènes m'y aident assez. Mon interlocutrice reçut alors une lettre qu'elle lut rapidement avant de la redonner au valet avec un air pincé, cherchant du regard le destinateur. Je feignis d'ignorer la jeune fille frêle et timide qui avait dû donner le mot. J'avais surement été comme ça moi aussi, gênée, intimidée. Passons. Je commencais à servir en bavardant avec le voisinage avant de poursuivre le jeu avec Athénaïs. Elle semblait se prendre au jeu mais entama alors le sujet crucial. Mon mariage? Avait-elle donc remarqué, elle aussi, dans cette foule assemblée, cette triste personne boîtant qui me ramenait à ma vie passée? J'aurais voulu pouvoir partir, ne pas subir sa présence mais elle s'éloignait en claudiquant. Peut être m'avait-elle vue, elle aussi. Peut être avait-elle suffisament de respect pour me laisser en paix. Louise de la Vallière n'était plus pour moi. Si elle restait une épave de beauté et de charme pour les anciens de cette cour, je m'étais moi même empressée de remettre son image en secret dans un coin de mes souvenirs.

La seule chose qu'elle m'avait laissée était son nom et son prénom. J'entendais quelques tables plus loin le Duc de Romancienne qui plaisantait alègrement sur la présence de la mère et de la fille sur les mêmes plates bandes. Croyait-il donc que ma mère et moi partagions le même panier? sûrement pas. Elle était hors jeu, la pauvre. Je chassais mes mauvaises pensées pour revenir à la partie qui avançait bien, réfléchissant à la réponse que je devais apporter au sens caché découvert dans la phrase de mon interlocutrice. Me marier? Non !
Je veux encore profiter de ma voix, de ma vie libertine, avant de me faire coincer dans une province au bras d'un vieux baron. Je ne doutais pas une seconde que j'étais de celles qu'il fallait éloigner du tabouret mais je feignais l'ignorance. En dehors de Sylvère dont l'amour en fleurs naissantes apparaissait dans mon coeur, cet amour qu'il partageait beaucoup plus réciproquement, je ne voulais personne. Même lui. Mes 20 années étaient encore une promesse de liberté et de joie. Il n'est pas encore temps d'en finir. Je répondis donc:

-Oh, Madame, apprenez que je tiens aucunement à être fiancée. Ma vie me convient aux côtés des musiciens et comédiens. A quoi bon se passer la bague au doigt?

Je souris, goûtant au vin qu'elle me proposait. Il était effectivement fruité, léger, comme je l'aimais. Je ne remplis cependant pas trop ma coupe. Je n'aime pas être saoûle, ni même très joyeuse, mon tempérament y suffisant déjà bien assez.
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Athénaïs de Montespan
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MessageSujet: Re: Danses dans le Bosquet de la Girandole   Jeu 8 Nov - 21:48

-La bataille est un choix ingénieux chère dame, d'ailleurs il est ici un jeu qui a l'avantage de ne pas appartenir aux cartes uniquement.

La marquise avait fait amener par un Suisse passant un jeu dont le fin graphisme doré relevait du grand art. Finement amené sur un coussin de velours il sembla faire la grande joie de la marquise. Son jeu favoris: personne ne pouvait l'ignorer depuis le temps. Les cartes furent finement présentées sur un coussin de velours bleu d'où pendaient avec harmonie des rubans grenats. les deux dames s'installèrent sur une table d'extérieur, fier apparât de pierre nouvellement amenés pour l'occasion du soir. Sur les grandes chaises assorties des coussins de soie avaient été posés pour préserver les fesses de toutes ces personnalités singulières de la cour. Athénaïs leva ses grands yeux verts sur Mademoiselle de la Vallière. Le jeu de cartes trônait fièrement entre elles deux. Ce jeu d'or était une pièce unique car si la marquise malgrè tous ses défauts ne trichait pas (mis à part lorsqu'elle continuait une partie confiée à elle par le Roy) elle ne souffrirait que son adversaire se permette pareille folie. Silencieusement elle mélangeait les cartes sans quitter des yeux les scènes se passant de ci et là.
La Reine en personne fit une timide apparition au fond, derrière les grands bosquets de rose.La marquise s'amusa de la voir si faible dans la puissance de son rang. L'Espagne était un somptueux royaume, esquisse de la richesse et l'amour mais on ne pouvait nier que son infante Reine de France en était l'insulte suprême. Jeune elle avait peut-êre eu un charme quelconque mais la Montespan savait qu'à ses côtés elle avait une grâce infiniment supérieure. En somme elles étaient deux reines, chacune à leur façon. Si l'Infante d'Espagne avait la place au trône elle devait se taire et faire acte de présence tandit que la marquise Reine du coeur de Louis pouvait à tous loisirs chanter à la cantonnade les pires infâmies sur qui lui plaisait. Toutefois prudence ! Si la reine était présente la Maintenon ne saurait tarder.
Le discours de Gabrielle sur le mariage amusa hautement la marquise. Quel enfant charmant, quel esprit naïf elle saurait encore avoir ! Le mariage en rien n'imposait la prison et elle en était la preuve flagrante.

-Si le mariage empêchait à quelconque femme de profiter de la vie ça se saurait. Il ne sert qu'à donner davantage de titres et surtout beaucoup d'argent permettant les pires folies que nous savons tant apprécier sans toujours oser les réaliser. Si je vous pose la question c'est qu'elle mérite d'être réfléchie. Si voilà la mère disgrâciée et la fille comédienne et vieille fille alors voilà la famille de La Vallière en posture bien pire que ce que tous les parieurs auraient pu imaginer !

Les paroles avaient été sorties avec un déconcertant naturel. Avec une rapidité habile Athénaïs distribua les jeux. Les cartes glissaient doucement entre ses doigts fins, elles étaient d'une douceur tout bonnement agréable. Les yeux de la Montespan ne quittaient pas l'assemblée et elle pouvait de droite et de gauche apercevoir ses dames de compagnie dispersées parmi la foule guettant la moindre discussion fâcheuse. La favorite était toujours au courant des derniers potins et tenait d'être informée de toutes les nouveautés importantes de Versailles en temps et en heure. Chacune semblait sourire et beaucoup étaient en grande discussion. Tout paraîssait calme pour le moment. Les tensions n'avaient pas encore commencé mais l'alcool commençait à être bu en grande quantité par nombre de nobles. La Soubise en cachette s'avalait vite des verres dérobés croyait-elle en vue de personne. La Montespan plissa les yeux... Elle se doutait du manque cruel de bonne éducation de cette dame mais n'avait su jusque là en avoir la preuve irréfutable sous les yeux. Un sourire se peint sur ses lèvre et elle remit son attention sur Gabrielle et les cartes.

-Je ne saurais penser qu'on puisse oser interrompre notre jeu pour vous demander la moindre prestation. L'on peut dire qu'en ma présence l'on peut parfois trouver une certains forme de tranquilité.

La dernière carte avait été posée. La distribution était achevée. Lentement la marquise leva sa main, caressa silencieusement la première carte de son talon avant de la renverser sur le tapis de jeu. Son regard vert exprima une certaine satisfaction. Sur le fin tapis de jeu rouge aux broderies argentées trônait avec une puissance incroyable un magnifique as de pique tout d'or esquissé. Le travail était prodigieux. L'énorme pique au centre de la carte blanche était empli de formes calligraphiques aux méandres douloureux. Cette carte bien plus que la marquise inspirait le doute et sa pointe infernale reflétait la doucereuse mort.

-Si j'ai trop de chance que me voilà sûrement cocue !

Derrière son évantail la marquise rit de plein coeur. Elle ne savait où pouvait bien traîner son époux et au fond il pouvait bien se pavaner avec qui bon lui semblait. Cepandant avec les cornes qu'il revêtait elle doutait fortement qu'il reste en ce monde une porte assez haute pour lui permettre de passer
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Gabrielle de la Vallière
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MessageSujet: Re: Danses dans le Bosquet de la Girandole   Dim 11 Nov - 22:27

Je suivais son regard vers la douce Infante d'Espagne en souriant derrière mon gant de daim blanc à sa boutade sur la bataille. La haute noblesse avait l'art et la manière de voir la vérité en face et cette vivacité d'esprit est plutôt plaisante. Peu de gens aiment à se retrouver en compagnie d'un sot qui ne verrait en la cour que les charmes des femmes et les compliments des hommes, le tout arrosé d'argent à qui en veut. Une bonne sauce pour un panier de crabes. Un plateau de crustacés se bouffant le nez en pavanant de leurs belles carcasses dont la carapace sera bientôt brisée par plus puissant qu'eux. Mais passons. Je posais donc mon regard sur la Reine, en suivant du coin de l'oeil la distribution aisée et habile qu'effectuait madame la Marquise. Cette pauvre Thérèse. Elle, bien que soutenue par la chère madame de Maintenon, se voit retirer le seul profit personnel qu'elle eu pu entrevoir dans ce mariage arrangé: celui d'avoir pour mari le plus beau des hommes de France. Mais voici que ce dernier batifole, et va d'une courtisane à une autre, affichant aussi clairement que possible ses préférences.

Quelle douleur d'être femme en pareille condition ! Je ne saurais me complaire dans une telle situation. Je l'admire d'avoir autant de sang-froid et de ne pas avoir laissé entendre sa petite voix. Elle est bien courageuse d'avoir su défier par son indifférence feinte les tabourets de Sa Majesté. Mon admiration, bien que modérée reste présente et je suis quelque part assez triste de faire partie de celles qui lui ont ravi son roi. Mais je me retourne vers le jeu avec attention, Athénaïs de Montespan venant de terminer la disribution. Je pris les cartes avec douceur, savourant leur contact souple et agréable et leur beauté calligraphique. Elles étaient magnifiques, de véritables oeuvres d'art miniatures.

"Dame ! Vos cartes sont réellement fantastiques. Je félicite celui qui a su créer pareille merveille."

Je souris et l'écoutait sagement me parler du mariage comme une petite fille écoute avec attention sa maîtresse d'école. Son opinion était d'une construction bien particulière, bien que assez réaliste finalement. Son tableau d'une société aussi spéciale que la nôtre était à la fois enchanteur et attristant. Je me plaisais à l'écouter et savourais ces instants de tranquilité que je passais auprès de ce beau monde. Le duc de Romancienne me dévorait du coin de l'oeil, et je lisais sur son visage qu'il aurait sans doute voulu pouvoir investir notre discussion pour profiter un peu plus de la présence de la marquise. Je ris en pensant au famleux bourgeois gentilhomme de ce cher Jean Baptiste Poquelin. Molière a sur maniert avec habileté l'amour débordant de Monsieur Jourdain pour Célimène en humour et le visage envieux du Duc me rappelait cette belle pièce. Je repensais à ces drôleries avec une esquisse d'un sourire charmeur se peignant sur mes lèvres. J'adorais les comédies, bien que mon éducation me tourna par le passé vers Esther et Athalie, deux tragédie de Monsieur Racine. Je repondis alors à mon interlocutrice, avec un certain détachement:

"Vous savez, Madame, le mariage n'est pour moi aucunement une décision prise à la légère par besoin financier. Vous me savez vivant à l'aise de mon métier et le manque me fera peut etre flancher, mais je souhaite trouver un partenaire me correspondant, et ne point me marier au premier baron véreux qui passera, sous prétexte que sa mort me ferait hériter d'une belle somme."

Je reposais mon regard sur l'assistance, allant d'un visage à l'autre avec calme, souriant lorsque mes yeux noisettes se posait avec amusement sur une silhouette bidonnée dont le rouge colorant les joues prouvaient que les dernières cuvées étaient bien agréables à goûter. Je me délectais de la vue de cette cour que, cette fois ci, je ne voyais pas pendue à la scène sur laquelle j'étais montée. Un vrai petit plaisir. Je revenais à la marquise pour lui dire quelques mots, profitant de son pouvoir isolant dont elle souriait.

"C'est avec grand plaisir que j'abuse de ce calme que vous m'offrez. Voilà pour moi une soirée libre qui s'impose. Je vous en remercie."

Le tapis de jeu se dressait entre nous, magnifique lui aussi, brodé de fils d'or sur un fond rouge chatoyant. La marquise sourit, et abaissa sa main gantée sur ce dernier, commençant par un as de pique dont les dessins sur la carte relevait du grand art. Je souris. La chance l'entourait toujours, et peu importe la fin du jeu, je m'amusais, et c'était l'essentiel. Je levais donc magistralement la main, histoire de faire durer le suspense, et finit par retourner sur son as un sept de coeur, que je lui laissais donc sans regrets. J'attendais qu'elle retourne à nouveau une carte, prête à l'envoi, ravie. Le rire de la marquise était une âme à lui seul tant il reflétait de sentiments et je me joignit à elle dans la blague, sachant très bien moi aussi qu'elle se moquait bien de son mari. Je souris à nouveau, éprise de cette nouvelle vie dont je ne profitais que rarement et qui m'octroyais déjà un plaisir indicible. Un véritable ravissement que de ne pas avoir ce soir à échauffer ma voix durant de très longues minutes, pour être sûre de ma prestation. Ce soir, je chantonnerais, je n'illuminerais point mes artifices.

"Madame peut être est-ce aussi moi dont la malchance au jeu me poursuit? Voyons donc la suite pour en juger."
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Athénaïs de Montespan
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MessageSujet: Re: Danses dans le Bosquet de la Girandole   Mar 13 Nov - 22:25

Au dernières paroles Athénaïs sourit, regarda la carte prochaine se présentant à son jeu et plongea ses grands yeux verts dans les magnifiques orbes de son interlocutrice. D'un geste nonchalent elle posa sur le tapis un huit de trèfle et se fit servir un verre de cidre doux. Elle avait dégusté le vin et celà lui était amplement suffisant pour la soirée. L'eau en ce moment était dans les couloirs murmurée comme porteuse de mals et craignant de mourir empoisonnée -ce qui aurait été une ironie monstrueuse pour la marquise- elle préférait en boire le moins possible. Dans ses appartements elle n'acceptait de boire que le lait tiré depuis moins d'une heure des pis de la vache. Celà faisait d'ailleurs un grand bien au teint, il lui semblait que depuis cette attention particulière qu'elle donnait à ses boissons le toucher de sa peau se faisant infiniment plus doux.

-Les cartes ont été esquissées par Monsieur Le Brun. Vous pourrez remarquer que le Roy de Coeur n'est autre que Louis en personne. La Dame de Carreaux est madame votre mère. Paradoxalement elle se trouve être l'une de mes favorites... Le Brun a fait d'elle une merveille ! Dommage que ce ne soient que des esquisses...

Après un soupir amusé la marquise regarda du coin de l'oeil les oeillades du duc de Romancienne avec Gabrielle. Athénaïs fit comme si de rien n'était et elle rencontra par hasard le regard du Roy. Elle ne baissa pas les yeux comme tout le monde le faisait avec lui. Elle le fixait sans ciller. Il céda. La marquise aimait ces preuves de supériorité que seule se faisait à travers le souverain. Tant qu'il céderai elle se sentait tranquille quant à sa position de favorite. Dans une dernière oeillade elle examina avec attention le pommeau de la canne du Souverain. Il était recouvert d'or et au milieu incrustée se trouvait une perle de culture. Cette pierrerie de moindre valeur appartenait auparavant à un decolleté de la marquise. Lors de la première nuit avec Louis elle l'avait perdu et retrouvée le lendemain seulement dans ce pommeau qu'elle affectionait avec une passion dévorante. Depuis elle guettait sans fin le moindre fil d'or pendant de ses toilettes pour les coudre aux rubans de ses coiffures. C'était d'un pathétisme déroutant et celà la marquise l'admettait certainement, toutefois il était là quelques attentions attirant des foudres parmis les mouches ahuries tourbillonant autour de cet homme scintillant.

-Je n'offre jamais ce calme par charité, croyez-le ! Mais ne croyez pas que votre métier comme vous le dites si bien vous rapportera. Les femmes jouant sur scène sont très mal vues et je souffrirais que vous finissiez lapidée dans de sordides coulisses emplies de rats !

La Montespan sortit un valet de coeur qu'elle mit sur la table et machinalement leva la tête. L'homme qu'elle cherchait des yeux ne se trouvait malheureusement pas dans les environs.

-Il y a ici une superbe esquisse de notre cher Marquis de Louvois. Il est d'ailleurs bien étrange qu'il ne soit pas dans le bosquet. Une quelconque affaire pressante l'aura laissé dans ses appartements. Pauvre homme... Des murmures racontent qu'on lui a cette journée volé ses nouveaux plan d'attaque. En savez vous le moindre mot ?

Les boucles rouges de la marquise volaient autour de son fin visage à cette dernière question. Elle mit toute son attention sur Gabrielle. Peut-être saurait-elle quelques potins sur cette affaire ? Les guerres entre ministres amusait beaucoup la marquise, comme les guerres entre tout le monde à Versailles d'ailleurs... Les paris étaient ouverts dans chaque recoin du palais. Qui en finalité gagnerait la confiance du Roy ? Colbert ou Louvois ? La favorite avait sans peine parié un diamant sur Louvois. Evidement son jeune âge et son joli minois étaient de grands avantages à la victoire et la marquise en savait quelque chose.
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MessageSujet: Re: Danses dans le Bosquet de la Girandole   Sam 24 Nov - 13:03

Alors que la marquise laissait tomber avec nonchalance un huit de trèfle sur la table de jeux, je retournais sans grand espoir la carte qui me titillait le bout des doigts. Valet de pique. J'emportais donc sans plus reflechir, admirant tout de même encore une fois la finesse et la beauté des cartes. Une telle merveille... Sublime. On me servit également, mais ce fut d'un demi verre de vin. Je ne désirais pas finir complètement ivre, et je savais que je tenais fort peu l'alcool. Peu désireuse de finir une si belle soirée dans les bras d'un inconnu et à la portée peut etre malsaine de n'importe qui, je mesurais avec précaution la dose de liquide rubis qui coulait dans ma gorge. Un délice. Exquis, on ne pouvait dire mieux. Madame la Marquise en revint aux cartes, et j'écoutais avec attention ce qu'elle me disait. Je n'avais pas fait attention à la représentation de mon valet de pique, mais je réalisais à présent que les figures étaient des emblèmes de notre cour. Je souris, charmée par quelque chose d'aussi agréable. Le travail était celui d'un perfectionniste, et je n'étais point étonnée d'en entendre le nom.

"Monsieur le Brun est un grand artiste.. Sa Majesté ne peut qu'être comblé de l'avori à sa cour."

Je ne relevais pas la réplique sur ma pauvre mère. Je l'ignorais même totalement, et me jurais de ne point regarder cette carte à présent prohibée à mes yeux doux. Cette prétendue dame qui avait prétendu à mon éducation n'était point à l'origine de ma venue à Versailles, et je regrettais un instant de ne pas avoir mon cher Monsieur Charpentier à mes côtés. Ses cours de chant et de violon me manquaient, et Monsieur Lully était trop prévisible et trop souvent ennuyeux pour que je lui offre autant d'affection. L'amusement de la Marquise de Montespan n'était point partagé car je plaignais cette mère d'être devenue l'ombre de son apogée, cette grandeur passée était désormais aux oubliettes. Je soupirais moi aussi, me joignant malgré tout au sourire de Madame. Au même instant, je détournais totalement mon regard du Duc de Romancienne, dont l'expression appuyée m'agaçait. Qu'il vienne, le couard ! Et je souris à nouveau, esquissant à la manière d'une oeuvre d'art un relèvement du coin de mes lèvres vermeilles. c'est alors que mon interlocutrice reprit, retournant par un étrange biais emprunté discrètement cette affaire de mariage. Je lui répondis alors, amusée:

"Si ce métier comme je me plais à l'appeler est le mien aujourd'hui, qui peut savoir ce qu'il en sera dans quelques années? N'ayez crainte Madame la Marquise, je saurais bien m'en sortir, et si je ne parle point de mariage, c'est que je n'éprouve pas le besoin d'un foyer stable si je puis dire."

Je me reconcentrais sur le jeu pour voir surgir de la main adverse le valet de coeur. La voix si douce de la Montespan parla à nouveau, et son timbre parfois cristallin était absolument charmant. Le marquis de Louvois me dit-elle, était le modèle de la fameuse carte. En effet, je reconnaissais bien là le visage masculin d'une beauté bien particulière détenu par le ministre. Je posais contre cela la dame de pique et admirais sur la carte le visage gracieux et empli de beauté de la Marquise qui me faisait face. J'affichais un sourire ravi, elle était tellement belle sur cette carte ! On pouvait dire qu'elle était dans tout ses charmes, et notre Monsieur Le Brun avait là réalisé une grande oeuvre.

"Quelle belle expression vous avez là, le pique vous va à merveille."

De plus, le décor calligraphié de noir qui encadrait le portrait donnait à l'image un côté... Piquant à vrai dire. Tout à fait piquant, et qui, d'un certain point, reliait la dame à l'as de pique dont l'allure était tout aussi étrange, à la fois chatoyante et inquiétante. J'écoutais la dernière remarque de la marquise, étonnée, je songeais qu'on avait déjà retrouvé les plans de Monsieur de Louvois !

"Non point, chère Madame, j'en ai très peu entendu parler, mais ce me semble qu'il s'agit d'un emprunt entre collègues.."

Je souriais totalement, j'étais, malgré mon statut léger, au courant des dernières affaires, quoique peu renseignée malgré tout. Cette dispute tant attendue entre les ministres était source de bavardages et de tergiversations. Je me demandais ce qu'en savait la marquise, sachant que mes connaissances à moi étaient que trop limitées en la matière.
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Danses dans le Bosquet de la Girandole

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